Le piège que vous vous tendez à vous-même

Article initialement publié ici en anglais : The Trap You Set For Yourself
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L'auteur est Jeff Atwood, un immense développeur logiciel/web et au delà de ça ce qu'on pourrait un “sociologue du logiciel”, en cela qu'il s'intéresse aux utilisateurs, à leurs comportements, aux dynamiques des communautés, etc.

Il est notamment le co-fondateur du réseau Stack Exchange en commençant par la référence absolue stackoverflow.com (un site de questions/réponses, la bible du développeur), et plus récemment co-fondateur de Discourse, un nouveau service qui va probablement révolutionner le Forum internet qui n'a pas vraiment évolué depuis 15 ans.

Mais il est surtout l'auteur de ce blog “Coding Horror” sur lequel il écrit sans discontinuer depuis 2004 avec des pointes à 6 articles par semaine et des centaines de milliers de lecteurs.


Les livres de Dan Ariely Predictably Irrational [NdT : “L'irrationnalité Prévisible”] et The Upside of Irrationality [NdT : "L'Avantage de l’Irrationalité"] ont profondément influencé la façon dont je conçois mes jeux d'écriture massivement multijoueurs. Ces livres offrent une perspective scientifique sur les comportements humains, et une vision saisissante du comportement des utilisateurs - et par là je veux dire notre propre comportement.

Tous les détectives sont par définitions des érudits de la nature humaine. Comme le célèbre détective imaginaire Philip Marlowe aime le rappeler :

Il n'y a pas de piège plus mortel que celui que vous vous tendez à vous-même.

Nous naissons avec une superbe capacité à nous mentir à nous-même, et nous devenons progressivement meilleur à cela plus nous vieillissons. En des termes de développement logiciel, tous les utilisateurs mentent.

Nous devenons des experts en mensonges à soi-même pour éviter d'être totalement paralysés au jour le jour par les peurs constantes que :

  • Votre travail n'a aucune importance.
  • Votre vie n'a aucune importance.
  • Tout le monde se fiche de vous.
  • Vous n'êtes pas assez bon.
  • Vous n'êtes pas assez intelligent.
  • Putain de merde, personne ne vous aime.

Ainsi, se mentir à soi-même fait partie de la condition humaine. Autrement personne ne pourrait sortir de son lit le matin.

Cependant, si quotidiennement vous doutez de vous-même et avez des problèmes d'indécision, vous n'allez probablement pas remplir votre mission, peu importe cette dernière. J'ai réalisé que, dans une troublante mesure et dans notre monde, vous devez croire en votre propre matraquage publicitaire pour réussir.

Malheureusement, c'est quelque chose pour lequel les hommes sont meilleurs que les femmes.

Il me semble que les femmes en général, et les femmes pour lesquelles je suis responsable de l'éducation en particulier, sont souvent nulles pour ce genre de comportements, même lorsque la situation les nécessitent. Elles ne sont pas seulement mauvaises pour se comporter comme des abrutis arrogants et auto-glorifiants. Elles sont mauvaises pour se comporter en narcissistes faisant leur auto-promotion, en obsessionnels anti-sociaux, ou en vantards prétentieux, même un tout petit peu, même temporairement, même lorsque cela serait dans leur meilleur intérêt. Peu importent les mauvaises choses que vous pouvez dire sur ces comportements, vous ne pouvez pas dire qu'ils sont sous-représentés parmi les personnes qui ont changé le monde.

Alors comment exactement supprimer le doute de soi sans finalement devenir un fanatique autoritaire...mâle...aiguisant sa hache ? Or, encore pire, un personnage du Loup de Wall Street ?

L'une des anecdotes les plus étranges de “The Upside of Irrationality” est à propos du film de 1995 "First Knight". Qui est, soyons honnête, horrible. Ne le regardez pas. Je ne vais même faire un lien. Mais vous devriez regarder les premières minutes de cette scène de combat à l'épée sur laquelle Ariely met l'accent :

Mark: Comment tu as fait ça ? Comment il a fait ça ? Est-ce qu'il y a un truc ?

Lancelot: Non. Pas de truc. C'est la manière dont je combats.

Mark: Est-ce que je serai capable de le faire ? Enseigne moi. Je peux apprendre.

Lancelot: Tu dois étudier ton adversaire, comment il bouge, et alors tu sauras ce qu'il va faire avant qu'il ne le fasse.

Mark: Je peux faire ça.

Lancelot: Tu dois identifier dans chaque combat ce moment crucial, lorsque tu gagnes ou que tu perds. Et tu dois savoir comment l'attendre.

Mark: Je peux faire ça.

Lancelot: Et tu dois te moquer de vivre ou de mourir.

Mark: (silence abasourdi)

La manière dont Lancelot se motive à dépasser le doute de soi en combat est de se moquer de vivre ou de mourir.

Je ne dis pas ça dans le sens désinvolte d'arrêter de vous soucier de ce que pensent tous les autres. Évidemment que ce que pensent les autres nous importe. Ne pas se soucier de ce que pensent les autres de nous et de ce que nous faisons est le chemin du narcissiste, du sociopathe, et du dément. Cela revient à abandonner.

Comme le dit Ariely :

Lancelot se bat mieux que n'importe qui d'autre car il a trouvé un moyen de réduire à néant le stress de la situation. S'il ne soucie pas de vivre ou de mourir, plus rien n'entrave ses performances. Il ne s'inquiète pas de vivre au delà de la fin du combat, donc rien ne trouble son esprit et n'affecte ses capacités - il est pure concentration et habileté.

L'opinion des autres importe, mais ils sont le piège que nous nous tendons à nous-même. Pour aller au delà de notre prison collective du doute de soi - est-ce que je prends la bonne décision ? Est-ce que je sais encore ce qu'est la bonne décision ? - concentrez-vous sur la routine journalière de ce que vous aimez faire, ce en quoi vous croyez, ce que vous trouvez intrinsèquement satisfaisant.

C'est cela votre vie : Ce pour quoi vous vous levez chaque jour. Arrêtez de vous inquiéter à propos des trucs à long termes et focalisez-vous sur l'amélioration de ça, et vous finirez peut-être vous aussi par réaliser que vous ne voulez pas vivre éternellement.

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